ORCHESTRE
C’est après l’échec à l’Opéra de La Nonne sanglante (18 octobre 1854) que Gounod envisage de se tourner vers le répertoire d’orchestre, la Première Symphonie étant créée le 4 février 1855. Il raconte dans ses Mémoires : « Je me consolais de mon déboire en écrivant une symphonie (no 1, en ré) pour la Société des jeunes artistes, qui venait d’être fondée par Pasdeloup et dont tous les concerts avaient lieu salle Herz, rue de la Victoire. Cette symphonie fut bien accueillie, et cet accueil me décida à en écrire pour la même société une seconde (no 2, en mi bémol), qui obtint aussi un certain succès. » Le geste de Gounod pourrait surprendre si l’on s’en tient à l’idée reçue que, de Berlioz à Saint-Saëns, la symphonie française reste à peu près lettre morte. En fait, il n’en est rien, et Gounod s’inscrit dans un nouvel essor de la musique instrumentale prôné par la très officielle Académie des beaux-arts elle-même.
La Première Symphonie de Gounod, en ré majeur, se ressent de l’influence de Haydn autant que de Beethoven. Les lignes mélodiques en sont dessinées avec franchise, l’accompagnement nettement séparé du discours thématique. Ce « classicisme » de la facture va pourtant de pair avec un langage élaboré qui n’est pas simple imitation désuète. La postérité n’a pas retenu cette œuvre comme un impérissable chef-d’œuvre. Mais ce jugement doit en fait beaucoup à la notoriété acquise par Gounod dans le domaine de l’opéra : le succès de Faust balaya en un instant – et fort injustement – le reste de la production du compositeur.
Alexandre Dratwicki
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